Poisson d’amour

Amour vénéneux … Au secours !
Poisseux poison, poisson d’amour
Se faufile de fille en aiguille
Puis se défile comme l’anguille.

De toi pourtant je me languis
De ton accent quand tu m’écris
Je laisse Thomas dans tes talons
En fait, ta mine est mon poison.

Ton corps sait seul quels avantages
Epousent les formes de ton corsage
A défaut d’être ton meilleur pote
Voudras-tu être mon antidote ?

San Marin

Par l’entremise d’une obole mal admise,
S’insinua le règne de la castagne
En Emilie-Romagne.

Ce souverain poncif de San Marin
Devint le maître mot des bars de nuit,
Du nord de l’Italie.

Bientôt les rixes gagnèrent en importance.
Les armes blanches, armes de poing, de loin,
Entrèrent dans la danse.

De partout, on venait en découdre.
Marrons, châtaignes devinrent le pain béni
De la principauté.

Car il s’en fut, pour instituer une taxe
Sur les bagarres, coquard, œil au beurre noir,
Et les gros mâles à bars.

Mais cent marins, tous les principes ôtés,
Fondèrent à coup de poings et à grand cris,
La République enviée.

Carte postale 4

Je t’écris d’un pays
Où Bleu et Vert sont amis.
Côte à côte, ils flottent gaiement
Dans le drapeau hissé aux vents.

Oublié l’hiver
Où Bleu et Vert sont amers.
Blues post-partum et vert kaki,
Les larmes, c’est la faute à Qui ?

Depuis le soleil couchant
Où Vert et Bleu sont amants,
Ils se fondent dans l’horizon
Pour ne faire qu’un à l’unisson.

A l’heure du petit jour
Où Vert et Bleu sont amour,
Bleu de Prusse aime le Vert galant,
Ils s’aquarellent tendrement.

Sweet, Lady Blue

Sweet, Lady Blue
Humeur latine parfois mutine
Lady Blue
Allure batave ou scandinave
Lady Blue
Parfum métis, évidemment.

Le ciel jalouse votre élégance
Il envie le regard intense
Qui nous invite plus avant.
Vos bleus yeux me plongent en délice
Je suis au bord du précipice
Je vais tomber, azurément.

Sweet, Lady Blue
Je suis au bord de la déroute
Lady Blue
Je n’entend plus ce que j’écoute
Lady Blue
L’amour rend sourd, c’est détonnant.

La mer s’offusque de la jeunesse
Qui coule en vous comme noblesse
D’un tempérament océan.
Vos bleus yeux m’annoncent mystère
Vous êtes la sirène que j’espère
Emmenez-moi, au firmament.

Sweet, Lady Blue
J’ai les idées toutes à l’envers
Lady Blue
La nuit je vous écris des vers
Lady Blue
A l’encre cyan, fatalement.

Les pierres se parent de votre éclat
Les diamants poussent leurs carats
Sans atteindre votre apparence.
Vos deux bleus francs me frappent au cœur
Ils tapent fort, ils tapent aux heures
Où je suis réduit au silence.

Sweet, Lady Blue
Le ciel s’assombrit, je m’en fous
Lady Blue
L’orage éclate, je m’en tape
Lady Blue
Je ris de bonheur à présent.

Chasseur d’azur

Seras-tu pêcheur, Martin ?
Sans doute, si tu n’as pas peur de l’eau.
Seras-tu chasseur, Martin ?
Chasseur d’azur ou bien Galileo ?

Seras-tu blond d’or, Martin ?
Comme les blés qui ondulent là-haut.
Seras-tu châtain, Martin ?
Brun , rouquin ? Qui sait. C’est encore trop tôt.

Tu seras malin, Martin.
Tu le sais, mais ne le montre pas trop.
Tu seras coquin, Martin.
Juste un petit peu coquin, mais pas trop.

Ne sois pas chagrin, Martin.
Les enfants chagrins, c’est pas rigolo.
Ne sois pas dédain, Martin.
Ça ne plairait pas du tout à Leo.

Tant de temps

Le temps de le dire est chronophage :
Il a mangé l’espoir de nos seize ans.

Le temps qu’il fait est centripète :
Pourvu qu’il fasse beau sous ma fenêtre.

Le temps qui passe est idiomatique :
- Quelle heure est-il, monsieur Persil ?
- Huit heures moins le quart, madame Placard !

Le temps jadis est obsolète :
Il se calèche en redingote.

Le temps du départ est lacrimonial :
Les souvenirs s’abreuvent aux larmes des adieux.

Le temps des soupirs est à peine pubère,
que le temps des regrets est déjà caduque.

La Princesse des Nez

Aux marches du palais, la belle l’attendait.
Une heure avait sonné, le sort en fut jeté.
Crinière flamboyante, lèvres rouges ardentes,
Il lui fallait manger, séance tenante.

 

Une fois expédiées les affaires courantes,

La conversation glissa sur la mauvaise pente.

« Alors vous écrivez ? » dit-elle d’un air enjoué,

Et le poète de se noyer pour se justifier.

 

Les heures et les vieilles connaissances défilaient,

Bientôt ce fut à la Princesse de se raconter.

La belle vivait en un palais où les richesses abondaient,

Pourtant de ces joyaux d’aucuns ne pouvait jouir.

 

Funeste enchantement que cette vie terrestre,

Sans pouvoir partager du festin même un zeste.

La plus petite miette d’intimité,

Par dix écrans de fumée se trouve protégée.

 

La Princesse des Nez fit preuve de grande largesse.

Elle reçu le poète sans que rien ne presse,

Ne cédant à aucun de ses arguments,

Elle se garda bien du moindre sentiment.

 

Afin de soulager ses peines de cœur,

Elle lui offrit une glace à la compassion.

Puis, pour sceller définitivement son malheur,

Complit à ses côtés le grand tour de Lyon :

Un quart de la presqu’île et ses environs …

 

Demain, du chaînon manquant se mettra en quête,

Afin de réparer céans sa bicyclette.

Dans son sillage, priez qu’elle ne vous entraîne,

La Princesse des Nez ne peut pas dire je t’aime.

L’espace d’un instant

Je t’embrasse d’une enclave
Sur la carte du temps,
Une contrée lointaine
Baptisée un instant.

De cet endroit précis,
Bien à l’abri du Quand,
Je confie ma tendresse
A la caresse du vent.

Laisseras-tu pénétrer
La brise messagère
De mon élan pour toi
Au creux de ta tanière ?

Tomberas-tu la barrière
De ta frilosité ?
Si elle servit naguère,
N’est-elle pas démodée ?

Je n’attends de toi, rien
D’autre que ce moment,
Où et Quand seront un,
L’espace d’un instant.

Parfum du jour

Ouvre moi tes yeux,
Ceux qui émerveillent
Mes nuits sans sommeil.

Prête moi tes lèvres,
Pour que je savoure
Le parfum du jour.

Donne moi ta main,
Afin que j’effleure
L’onde de ton cœur.

Cède moi ton corps,
Pour franchir le seuil
Hors de tout écueil.

Le sel de la vie

Hier j’ai défriché le jardin défraîchi,
De liserons moqueurs, de salaces pissenlits.
Au bord de la clairière ainsi dessinée,
Les mouvements de mon cœur, j’ai déchiffré.

Mon rêve cette nuit m’a tenu éveillé.
De silhouettes de sel, la ville était peuplée.
Qui donc a fabriqué ces statues bicéphales ?

La réponse a perlé dans la rosée du matin :
Des amoureux épris, tous les premiers baisers
Dans la ville endormie, sont ainsi conservés.

Figées à l’endroit même où tu m’as embrassé,
J’imagine nos deux têtes dans nos bras enlacés.
Du sel est prisonnier ton bel assaut de charme,
Cristallin comme ton rire, salé comme mes larmes.