Je t’écris d’un pays au Nord du Sud, aux façades d’un blanc immaculé répondent les cascades des tuiles de terre rouge qui dégoulinent des toits perdus dans la verdure des collines. Le carillon de l’église voisine concertine invariablement. Le moindre souffle d’air charrie une atmosphère marine, qui alanguit l’ardeur du plus vaillant des promeneurs.
Quand la brume écrase le paysage, on dirait le Mexique, celui dont on rêve avant d’y mettre les pieds. Les vieilles, de noir vêtues, portent le deuil du monde et prient avec ferveur pour sanctifier la peur. Les vieux, de bleus vêtus, portent aux mains déformées les stigmates du travail.
Sur un mur avachi, se prélasse un vieux chien, de race indéfinie et de caractère indolent. Un de ces chiens des îles qui vont divaguant, le vague à l’âme canine leur va comme un gant.
Sur la plage, les vendeurs ambulants citent Victor Hugo aux touristes français, en guise d’attrape-nigauds. S’ils étaient japonais liraient-ils Mishima ?
Un musée d’Art moderne comme dix mille musées d’Art moderne. Splendide et froid, lignes épurées et concepts aiguisés, pareil à une pierre tombale, sépulture sacrée pour œuvres antidatées.
Au milieu d’un écrin de verdure, un joyau de modernité classique abrite une belle exposition de sculptures aux lignes douces et tortueuses. Cette demeure d’avant-garde avant-guerre annonce avant l’heure l’épuration des styles, des formes … et du genre humain.
Des amis retrouvés, de longues années passées sans s’écrire ni se lire, le temps nous a manqué d’abord et puis marqués ensuite. Découvrir une ville est toujours un plaisir. En emboîtant le pas de l’initié, la magie des lieux se révèle à coup sûr.
C’est un port sur un fleuve, tout au bord de la mer, une vieille ville s’étire et baille au sortir de la sieste. On lui dirait Marseille, que les ponts de la Seine auraient colonisée, où le pastis se serait transmuté pour prendre une couleur rubis que l’on déguste dans des verres à pieds.
Je m’interromps ce soir à l’instant même, pour aller au balcon m’asseoir devant un ciel bariolé de fusées d’artifice. Tous les pétards du monde me parlent de toi, ils illuminent ton visage et je te vois sourire en face de moi.
A peine s’est-il éteint, le feu dans le ciel d’été, qu’il reprend de plus belle un peu plus loin, sur une autre plage endimanchée. Voilà un bel endroit comme les aimerait le petit prince, où il suffit de déplacer sa chaise pour que le ciel se donne à nouveau en spectacle. Trop impatients pour attendre les étoiles filantes, cadeau céleste au firmament estival, les hommes ont inventé la pyrotechnie, afin de faire à souhait des vœux de Bengale.