Ecrits Lapiz Lazulaires

Articles classés sous ‘Cartes Postales’

Carte postale 4

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Je t’écris d’un pays
Où Bleu et Vert sont amis.
Côte à côte, ils flottent gaiement
Dans le drapeau hissé aux vents.

Oublié l’hiver
Où Bleu et Vert sont amers.
Blues post-partum et vert kaki,
Les larmes, c’est la faute à Qui ?

Depuis le soleil couchant
Où Vert et Bleu sont amants,
Ils se fondent dans l’horizon
Pour ne faire qu’un à l’unisson.

A l’heure du petit jour
Où Vert et Bleu sont amour,
Bleu de Prusse aime le Vert galant,
Ils s’aquarellent tendrement.

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Carte postale 3

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Je t’écris d’un pays qu’on appelle le Printemps, un pays migrateur qui revient une fois par an.

Tel un moteur à quatre temps, l’année se propulse en ronronnant vers la lumière de la St Jean.

Ce printemps soudainement si précoce, étonne les enfants. Ils se sont couchés la tête pleine de bonhommes de neige, ils se réveillent en sifflotant au doux vent printanier.

« C’est bizarre, il n’y a pas de bourgeons … » me dit ma fille, fine observatrice.

Le printemps s’annonce habituellement par des éclats de fleurs qui percent la froidure et entament le bouclier de l’hiver. Ces brèches de couleur, messagères du beau temps, nous réchauffent le cœur avant que le soleil ne se charge de nous chauffer les joues.

Mais cette année, la nature n’a pas eu le temps d’enfiler son costume de cérémonie, que la météo cherche déjà à battre des records de température.

J’aime le printemps pour l’espoir qu’il suscite, pour les pommiers et cerisiers en fleurs, qui tapissent le paysage, à la façon des estampes japonaises.

Mais le printemps semble donner un coup d’accélérateur au temps qui passe… on s’en prend à regretter l’hiver et son ambiance calfeutrée, quand s’annonce, comme un courant d’air, la course dératée vers l’été.

Le printemps est mensonger, dans son ballet d’espoirs toujours recommencés.

Le printemps est aussi cachottier, mais il faut plus d’un printemps pour le deviner.

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Carte postale 2

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Je t’écris d’un pays où le paysage défile à la vitesse grand V, derrière le miroir sans tain des voy(ag)eurs pressés. On rêve de grand R, celui qui agite les feuilles de ces arbres alignés en rang d’oignons, condamnés à regarder défiler le temps qui presse.

Que n’est-on plutôt assis à l’ombre d’une terrasse méditerranéenne, où de nobles platanes abritent la tranquilité du temps qui paresse, tandis que nous rêvons de l’amour avec un grand A.

A mesure que la ville approche, la menace métallique des poteaux électriques, téléphoniques, … se fait plus précise. Arbres rachitiques plantés sans racines, poussés sans ramure, ils persistent à être caduques.

Le voyage est la voie royale pour accéder au dépaysement … mais le voyage n’est-il pas un pays en lui-même ? Peuplé d’habitants, nomades intermittents ou professionnels, ses frontières s’étirent nonchalamment à la lisière des routes, des rails et des chemins de terre.

Le voyage est migrateur, c’est un pays mouvant, qui nous donne l’illusion de rattrapper le temps et d’arrêter son vol. Royaume de la mesure et de la précision : horaires, temps de parcours, distance parcourue, vitesse moyenne, … ce temps minuté et contrôlé est le prix à payer pour accéder à la bulle a-temporelle de notre itinérance.

 

A regarder la vie dans le mouvement, on n’en distingue que mieux son prisme déformant.

A voyager aussi vite que le temps, on ne vieillit pas moins vite pour autant.

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Carte postale 1

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Je t’écris d’un pays au Nord du Sud, aux façades d’un blanc immaculé répondent les cascades des tuiles de terre rouge qui dégoulinent des toits perdus dans la verdure des collines. Le carillon de l’église voisine concertine invariablement. Le moindre souffle d’air charrie une atmosphère marine, qui alanguit l’ardeur du plus vaillant des promeneurs.

Quand la brume écrase le paysage, on dirait le Mexique, celui dont on rêve avant d’y mettre les pieds. Les vieilles, de noir vêtues, portent le deuil du monde et prient avec ferveur pour sanctifier la peur. Les vieux, de bleus vêtus, portent aux mains déformées les stigmates du travail.
Sur un mur avachi, se prélasse un vieux chien, de race indéfinie et de caractère indolent. Un de ces chiens des îles qui vont divaguant, le vague à l’âme canine leur va comme un gant.
Sur la plage, les vendeurs ambulants citent Victor Hugo aux touristes français, en guise d’attrape-nigauds. S’ils étaient japonais liraient-ils Mishima ?

Un musée d’Art moderne comme dix mille musées d’Art moderne. Splendide et froid, lignes épurées et concepts aiguisés, pareil à une pierre tombale, sépulture sacrée pour œuvres antidatées.
Au milieu d’un écrin de verdure, un joyau de modernité classique abrite une belle exposition de sculptures aux lignes douces et tortueuses. Cette demeure d’avant-garde avant-guerre annonce avant l’heure l’épuration des styles, des formes … et du genre humain.

Des amis retrouvés, de longues années passées sans s’écrire ni se lire, le temps nous a manqué d’abord et puis marqués ensuite. Découvrir une ville est toujours un plaisir. En emboîtant le pas de l’initié, la magie des lieux se révèle à coup sûr.
C’est un port sur un fleuve, tout au bord de la mer, une vieille ville s’étire et baille au sortir de la sieste. On lui dirait Marseille, que les ponts de la Seine auraient colonisée, où le pastis se serait transmuté pour prendre une couleur rubis que l’on déguste dans des verres à pieds.

Je m’interromps ce soir à l’instant même, pour aller au balcon m’asseoir devant un ciel bariolé de fusées d’artifice. Tous les pétards du monde me parlent de toi, ils illuminent ton visage et je te vois sourire en face de moi.
A peine s’est-il éteint, le feu dans le ciel d’été, qu’il reprend de plus belle un peu plus loin, sur une autre plage endimanchée. Voilà un bel endroit comme les aimerait le petit prince, où il suffit de déplacer sa chaise pour que le ciel se donne à nouveau en spectacle. Trop impatients pour attendre les étoiles filantes, cadeau céleste au firmament estival, les hommes ont inventé la pyrotechnie, afin de faire à souhait des vœux de Bengale.

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