Ecrits Lapiz Lazulaires

Odio a las despedidas

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Ya vino el taxi a buscarte
Ya vino y se fue.
Senti la puerta de la maletera
Al cerrarse, golpio mi frente.

Ahora cuerna el vendedor de pan
Por favor señor, un pan frances GIGANTE
Para cumpartirlo con la que fui mi amante.

Yo no soy tu amigo
Por ti sere, por ti sere
Ya no soy tu amante
Eso vino y se fue.

Te habias puesto la mascara
De la que sabe que no hay que llorar
Aunque se te dad la gana.

Me puse el traje nada de elegante
Del que queda indiferente
Aunque le duele la garganta.

Yo no soy tu amigo
Por ti sere, por ti sere
Ya no soy tu amante
Eso vino y se fue.

El poema de los toreros que eran tres
Para que tu lo lees, lo escribi
En la lengua de Cervantes
Esa primera vez, fue culpa de ti.

El poema cajamarquino
Para regalartelo, lo escribi
Si ahier no ha llovido
Por primera vez, sera culpa de mi.

Yo no soy tu amigo
Por ti sere, por ti sere
Ya no soy tu amante
Eso vino y se fue.

De noche en cuando
Me soñare en tu sonrisa
Para despertarme con risa
Tuya de compañera.

Amor y soledad es puro veneno
Palabras hay que usar de antidoto.
De tu presencia lejana quiero disfrutir
Por eso Cecilia, no dejes de escribir.

Yo no soy tu amigo
Por ti sere, por ti sere
Ya no soy tu amante
Eso vino y se fue.

¿ Pueda ser que los amantes de un dia
Queden amigos para la vida ?
Es tempranito para saberlo
Ahora viene el desayuno.

No me gusta la palabra amiga
Me suena come si fueras hormiga
Por eso, solo te llamare Cecilia
¿ Que te parece estimada cigala ?

→ Leave a CommentCatégories : En espagnol · Poésie

En Cajamarca

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

En Cajamarca no hay hora
El tiempo empieza despues de la lluvia.

Ese dia o el otro, de vez en cuando
De lluvia en sol, nos toca a vernos.

Sueño que acabe la lluvia, chica morena
Con tus ojos brillantes alumbrando la noche.

Hay tiempo para llover, no hay tiempo para llorar
El tiempo de verte es rayo de sol.

→ Leave a CommentCatégories : En espagnol

Carte postale 3

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Je t’écris d’un pays qu’on appelle le Printemps, un pays migrateur qui revient une fois par an.

Tel un moteur à quatre temps, l’année se propulse en ronronnant vers la lumière de la St Jean.

Ce printemps soudainement si précoce, étonne les enfants. Ils se sont couchés la tête pleine de bonhommes de neige, ils se réveillent en sifflotant au doux vent printanier.

« C’est bizarre, il n’y a pas de bourgeons … » me dit ma fille, fine observatrice.

Le printemps s’annonce habituellement par des éclats de fleurs qui percent la froidure et entament le bouclier de l’hiver. Ces brèches de couleur, messagères du beau temps, nous réchauffent le cœur avant que le soleil ne se charge de nous chauffer les joues.

Mais cette année, la nature n’a pas eu le temps d’enfiler son costume de cérémonie, que la météo cherche déjà à battre des records de température.

J’aime le printemps pour l’espoir qu’il suscite, pour les pommiers et cerisiers en fleurs, qui tapissent le paysage, à la façon des estampes japonaises.

Mais le printemps semble donner un coup d’accélérateur au temps qui passe… on s’en prend à regretter l’hiver et son ambiance calfeutrée, quand s’annonce, comme un courant d’air, la course dératée vers l’été.

Le printemps est mensonger, dans son ballet d’espoirs toujours recommencés.

Le printemps est aussi cachottier, mais il faut plus d’un printemps pour le deviner.

→ Leave a CommentCatégories : Cartes Postales

Carte postale 2

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Je t’écris d’un pays où le paysage défile à la vitesse grand V, derrière le miroir sans tain des voy(ag)eurs pressés. On rêve de grand R, celui qui agite les feuilles de ces arbres alignés en rang d’oignons, condamnés à regarder défiler le temps qui presse.

Que n’est-on plutôt assis à l’ombre d’une terrasse méditerranéenne, où de nobles platanes abritent la tranquilité du temps qui paresse, tandis que nous rêvons de l’amour avec un grand A.

A mesure que la ville approche, la menace métallique des poteaux électriques, téléphoniques, … se fait plus précise. Arbres rachitiques plantés sans racines, poussés sans ramure, ils persistent à être caduques.

Le voyage est la voie royale pour accéder au dépaysement … mais le voyage n’est-il pas un pays en lui-même ? Peuplé d’habitants, nomades intermittents ou professionnels, ses frontières s’étirent nonchalamment à la lisière des routes, des rails et des chemins de terre.

Le voyage est migrateur, c’est un pays mouvant, qui nous donne l’illusion de rattrapper le temps et d’arrêter son vol. Royaume de la mesure et de la précision : horaires, temps de parcours, distance parcourue, vitesse moyenne, … ce temps minuté et contrôlé est le prix à payer pour accéder à la bulle a-temporelle de notre itinérance.

 

A regarder la vie dans le mouvement, on n’en distingue que mieux son prisme déformant.

A voyager aussi vite que le temps, on ne vieillit pas moins vite pour autant.

→ Leave a CommentCatégories : Cartes Postales

Carte postale 1

29 juillet 2007 · Laisser un commentaire

Je t’écris d’un pays au Nord du Sud, aux façades d’un blanc immaculé répondent les cascades des tuiles de terre rouge qui dégoulinent des toits perdus dans la verdure des collines. Le carillon de l’église voisine concertine invariablement. Le moindre souffle d’air charrie une atmosphère marine, qui alanguit l’ardeur du plus vaillant des promeneurs.

Quand la brume écrase le paysage, on dirait le Mexique, celui dont on rêve avant d’y mettre les pieds. Les vieilles, de noir vêtues, portent le deuil du monde et prient avec ferveur pour sanctifier la peur. Les vieux, de bleus vêtus, portent aux mains déformées les stigmates du travail.
Sur un mur avachi, se prélasse un vieux chien, de race indéfinie et de caractère indolent. Un de ces chiens des îles qui vont divaguant, le vague à l’âme canine leur va comme un gant.
Sur la plage, les vendeurs ambulants citent Victor Hugo aux touristes français, en guise d’attrape-nigauds. S’ils étaient japonais liraient-ils Mishima ?

Un musée d’Art moderne comme dix mille musées d’Art moderne. Splendide et froid, lignes épurées et concepts aiguisés, pareil à une pierre tombale, sépulture sacrée pour œuvres antidatées.
Au milieu d’un écrin de verdure, un joyau de modernité classique abrite une belle exposition de sculptures aux lignes douces et tortueuses. Cette demeure d’avant-garde avant-guerre annonce avant l’heure l’épuration des styles, des formes … et du genre humain.

Des amis retrouvés, de longues années passées sans s’écrire ni se lire, le temps nous a manqué d’abord et puis marqués ensuite. Découvrir une ville est toujours un plaisir. En emboîtant le pas de l’initié, la magie des lieux se révèle à coup sûr.
C’est un port sur un fleuve, tout au bord de la mer, une vieille ville s’étire et baille au sortir de la sieste. On lui dirait Marseille, que les ponts de la Seine auraient colonisée, où le pastis se serait transmuté pour prendre une couleur rubis que l’on déguste dans des verres à pieds.

Je m’interromps ce soir à l’instant même, pour aller au balcon m’asseoir devant un ciel bariolé de fusées d’artifice. Tous les pétards du monde me parlent de toi, ils illuminent ton visage et je te vois sourire en face de moi.
A peine s’est-il éteint, le feu dans le ciel d’été, qu’il reprend de plus belle un peu plus loin, sur une autre plage endimanchée. Voilà un bel endroit comme les aimerait le petit prince, où il suffit de déplacer sa chaise pour que le ciel se donne à nouveau en spectacle. Trop impatients pour attendre les étoiles filantes, cadeau céleste au firmament estival, les hommes ont inventé la pyrotechnie, afin de faire à souhait des vœux de Bengale.

→ Leave a CommentCatégories : Cartes Postales

L’arbre de la Liberté

3 juin 2007 · Laisser un commentaire

Comme chaque été, je passais le mois de juillet chez ma grand-mère, dans le petit village de Haute-Marne où elle était née, s’était mariée et où la moitié de la rue principale abritait des membres de sa famille. Là-bas, on y arrivait après un interminable voyage, dans un train qui s’appelait « Le Dijonnais » et qu’on allait prendre en gare de Douai. Plusieurs fois il avait fait le voyage avec sa mère, et puis un jour, on l’avait déposé avec un paquet de sandwichs et une gourde de grenadine, dans un compartiment où un voyageur choisi sur sa bonne tête veillerait à ce qu’il arrive à bon port. Là-bas, c’était la campagne, celle-là même où sa mère avait passé son enfance, auprès de sa grand-mère à elle, pendant la guerre.

Aux alentours du 14 juillet, se déroulait la fête du village. Quelques stands de kermesse se disputaient l’attention des enfants et des familles venus en promenade dominicale : la grenouille, le chamboule-tout, les quilles, … Des jeux d’adresse pour tous les âges.
Le village comprenait une bande d’une quinzaine de gamins, garçons agés entre 9 et 12 ans, au sein de laquelle j’avais été admis par l’entremise de mon cousin François, mon ainé de 2 ans. Le jour de la fête, nous attendions tous le grand moment, celui du départ de la course à pied à laquelle nous allions tous participer.
Le parcours, que nous avions reconnu à vélo le matin même, était des plus simples : départ de la placette où se tenait la kermesse, courte ligne droite en terrain plat, longue descente en virages vers le cimetière, une nouvelle portion assez plane jusqu’au tilleul séculaire, « arbre de la Liberté » planté à la Révolution, et après avoir fait le tour du tilleul, retour par le même chemin. A vol d’adulte cela faisait une distance de 800 m, mais pour les enfants que nous étions, cette précision hectométrique ne signifiait absolument rien.

Nous avons posé nos vélos contre un muret et nous nous apprêtions pour le départ. Ici, pas d’échauffement ou d’exercices d’assouplissement, les enfants dans leurs jeux sont toujours prêts à démarrer au quart de tour. En short et en maillot, nous nous jaugeons les uns les autres. Celui-ci est bien maigrelet, celui-là bien trop rondouillard … Chacun pèse et soupèse ses chances. Nous nous bousculons en riant derrière la ligne tracée au sol, qui servira aussi de ligne d’arrivée.
PARTEZ ! Et voilà que nous nous élançons sous les cris et les exclamations.

Le départ est euphorique, emporté par mon enthousiasme je me trouve dans le peloton de tête avec des garçons plus âgés que moi et plus aguerris à l’effort d’endurance. En amorçant la descente, il me devient difficile de suivre les premiers. Plus grands que moi, leur foulée, amplifiée encore par la déclivité, domine largement mes petites enjambées.
En tentant malgré tout de m’accrocher, je me retrouve vite en sur-régime cardiaque et respiratoire. En bas de la descente, nous quittons les frondaisons qui nous abritaient et nous débouchons devant le cimetière en plein cagnard. L’éclat du soleil sur la poussière grisâtre du chemin, la chaleur qui semble soudain s’abattre sur nous comme un couvercle sur une casserole d’eau bouillante.
Voilà le tilleul qui apparaît là-bas, les premiers coureurs qui déjà l’atteignent et le contournent comme s’il jouaient à  cache-cache. De l’arrière, arrivent petit à petit les copains de la bande, qui ayant mieux géré leur effort, sont partis prudemment afin d’en garder sous le pied pour le retour. Ils me dépassent un à un, chacun à sa manière. Celui-ci ne m’a pas vu, celui-là arbore un sourire moqueur, tel autre échange une grimace de douleur mais me dépasse avec une facilité déconcertante , tel autre encore m’encourage de la voix et s’exhorte par là même à avancer.
Toute cette galerie de personnages défilent devant moi, me dépassent et s’échappent au loin, sans que je puisse les retenir, comme du sable qui s’écoule entre les doigts.

J’atteins enfin le tilleul majestueux, point de rendez-vous de notre bande et juge de paix de nos courses à vélo : « Le premier arrivé au tilleul … ».
J’ai envie de l’enlacer, comme un enfant qui coure pour sauter dans les bras de sa mère ; en finir avec cette brûlure qui m’envahit la poitrine et me désèche la gorge comme un vent du désert. Mais ce n’est plus un jeu enfantin que l’on peut abandonner au gré de sa fantaisie pour aller faire autre chose. C’est un rite initiatique, une épreuve imposée par les adultes pour entrer dans le monde des grands, une épreuve imposée par les pères pour entrer dans le monde des hommes.
Le parcours est une métaphore de la vie : l’engouement de l’enfance, l’emballement de la jeunesse, le doute au cap de la trentaine, le juge de paix de la quarantaine … et puis le chemin du retour où tout s’inverse.

Me voilà faisant une révolution autour de l’arbre de la Liberté, afin d’aborder la seconde moitié du parcours. Le soleil est maintenant dans mon dos et la chaleur me semble moins accablante. J’ai connu un passage à vide après la descente, dans ce long faux plat menant au tilleul. Maintenant, mon corps semble avoir trouvé un rythme qui lui convient mieux. Je cours pour moi-même sans me soucier des autres concurrents. Sont-ils devants ? Ou bien derrière ? Plus rien ne compte que de mettre un pied devant l’autre et avancer, avancer, aller au bout de cette fichue épreuve et en finir.

Mais voici que les pieds qui jusque là rebondissaient assez bien au sol semblent s’enliser, s’enfoncer. Me voilà cloué sur place. J’aborde la montée et mes jambes me lâchent. Leurs muscles se tétanisent après le premier raidillon qui attaque séchement après le premier virage. Les derniers concurrents m’ont rattrappé, nous sommes trois à fermer la marche, au sens propre du terme, puisque présentement notre progression se fait au ralenti, en nous tenant le côté. Nous sommes trois, mais chacun de nous est seul à porter le fardeau de son existence et nous ne pouvons nous donner la main pour nous entraider. Nous sommes chacun engagés dans une épreuve individuelle, une épreuve de volonté. Celui qui accepterait une aide extérieure, serait par là même soumis à la volonté de l’autre et perdrait à jamais la force et la liberté de disposer de lui-même.

La pente se fait plus douce et les flons-flons de la fête nous parviennent aux oreilles. Quelques spectateurs sont venus aux postes avancés, encourager les concurrents. Il nous faut repartir en courant tant bien que mal, pour finir la tête haute. Les derniers mètres se déroulent dans un brouillard et une confusion totale.

« Allez ! C’est bien … C’est bientôt fini … Plus que cinquante mètres … Vas-y à fond ! »

A fond ? Ils en ont de bonnes, je suis à fond … de cale.
Pourtant, le désir de l’autre est encore le plus fort, il me mène par le bout du nez. Pour ne pas décevoir mon entourage, je ne peux pas terminer dernier, alors je me lance dans un dernier sprint et « casse » le buste sur la ligne à la manière des sprinters. Avant-dernier. L’honneur de la famille est sauf.
Mais si je m’étais écouté, je serais resté collé au tilleul à écouter chanter le vent.

→ Leave a CommentCatégories : Décathlon · Récits

Course poursuite

3 juin 2007 · Laisser un commentaire

La piste en cendrée sabloneuse portait encore la marque des rigoles d’eau qui s’étaient formées suite aux fortes pluies de la nuit précédente. Le sol était lourd, détrempé, et la lumière matinale de ce mois de février méridional parvenait difficilement à réchauffer l’humidité ambiante qui embuait le stade.
Pourtant le départ de la course était imminent et le moment était venu de quitter le survêtement moite de la transpiration de l’échauffement, pour affronter la fraicheur, en short échancré et maillot débardeur. Aussitôt exposé au froid, par réflexe, le corps s’active : sautillements, montées de genoux, saut groupé, accélérations sur quelques mètres, … Il s’agit de garder la sensation de chaleur dans les muscles, en particulier ceux des jambes, qui ne vont pas tarder à être durement sollicités.
La course qui va avoir lieu n’est pas une compétition officielle, mais un test au cours d’un stage hivernal. Après avoir passé automne et hiver à affuter sa préparation physique et technique, à enchainer les séries pour travailler le foncier, à soulever de la fonte, à répéter bondissements et montées d’escaliers, le moment était venu de prendre un premier chrono, dans des conditions proches de la compétition, c’est à dire avec starting-blocks, départ au pistolet et jury de chronométreurs expérimentés.
Il n’y a pas de pression, pas d’enjeu, pas de public. On est entre camarades de club, partenaires d’entrainement habituels. Mais le destin qui veille est venu apporter son grain de sel, mettant un peu de piquant d’une façon inattendue. Vincent va s’aligner sur 150 mètres. Pour gagner du temps, les entraineurs ont décidé de faire courir simultanément la catégorie « benjamins » sur 120 mètres et Vincent qui sera le seul « minime » sur 150 mètres, ses camarades d’entrainement ayant préféré courir le 80 mètres.
Une fois l’appel du starter lancé : « Messieurs, à vos marques ! », les automatismes de la compétition reprennent le dessus. Le vide se fait dans la tête des coureurs, les bruits extérieurs deviennent brouhaha et seul se détache au premier plan sonore les ordres du starter. « Prêts … ». Le corps jusque là ramassé et comprimé tel un ressort, s’étire et s’engage pour placer la ligne d’épaules en déséquilibre vers l’avant. La jambe de poussée écrase le bloc arrière et le bassin s’élève jusqu’à placer le dos à l’horizontale des épaules.

Ne plus bouger.

Une seconde d’immobilité durant laquelle on imagine que le monde entier retient son souffle. « Partez ! » semble dire la détonation du revolver pointé vers le ciel. Les chronométreurs déclenchent leurs chronos au petit nuage de fumée qui précède le coup de feu qui résonne dans le stade désert.
La cavalcade est lancée.

Chercher le déséquilibre avant, ne pas se relever trop tôt, laisser les jambes mouliner pour rattrapper l’avance du buste et des bras, laisser toute sa force exploser en labourant le sol meuble.

La situation est inhabituelle. La souffle des adversaires, le bruit sourd de leur foulée, devraient être là tout près, compagnons d’effort qui vous poussent en avant. Ce jour là, les adversaires ont trente mètres d’avance. Alors que, sitôt le départ effectué, ceux-ci abordent déjà la ligne droite, Vincent doit négocier la moitié d’un virage, course incurvée au cours de laquelle le placement des appuis et l’inclinaison du buste doivent être des plus précis. L’ecart est énorme, impossible à remonter sur une distance aussi courte.
Mais le corps lancé dans la poursuite ne réfléchit pas de façon rationnelle. Les automatismes du compétiteur le poussent à tendre tous ses muscles pour faire fondre la distance qui le sépare de ses devanceurs. Une folle poursuite s’engage. Le corps et le coeur n’auront pas de paix tant que les adversaires n’auront pas été rejetés en arrière.
A mesure que la foulée prend toute son amplitude, le pied griffe le sol de plus en plus brièvement, de moins en moins souvent, on volerait que cela ne serait pas étonnant. Concentré sur son effort afin de garder le corps bien en ligne pour le propulser toujours plus vite vers l’avant, les adversaires semblent des figurants dans un décor qui défile. En voici un, puis deux, relégués hors de vue. Le souffle expulsé bruyamment dans un bruit de locomotive semble entraîner tous les membres dans un ballet mécanique bien huilé et annoncer aux adversaires qu’il leur faut se ranger sur le côté et céder la place. Une sensation de bien-être envahit doucement tout le corps qui donne maintenant toute sa puissance. La ligne droite est avalée gloutonnement. C’est l’euphorie.
Plus qu’un lutin rouge et bleu qui gâche le paysage, là-bas à quelques mètres devant, dans le couloir 5. La foulée est ample et souple, le corps délié et relâché.

Ne pas se crisper dans l’effort, augmenter le tempo progressivement sans jamais se contracter.

La silhouette qui mène la course est toute proche maintenant, elle semble se désunir, brinqueballer, presque au bout du rouleau. Mais déjà l’arrivée s’annonce.

Non, pas possible d’échouer si près du but.

Dans un dernier effort, le dos se cambre et la foulée s’allonge encore, les genoux s’élèvent, les épaules se grandissent pour engloutir le jeune imprudent qui a osé s’aventurer le premier sur ces terres jamais foulées.
La grille d’arrivée se dessine au sol, ce sont les dix derniers mètres. Ça y est ! Le champs visuel est enfin dégagé de toute présence humaine. On voudrait suspendre le temps à ce moment précis. On est seul au monde. On nait seul au monde. La ligne se jette au cou du vainqueur et dédaigne ceux qui arriveront après. L’instant d’éternité, magique et fugace, précédant l’arrivée victorieuse, a déjà distillé son poison dans l’organisme du sprinter. A chaque course, il cherchera à retrouver cette sensation de plénitude, comme s’il habitait le monde à l’infini, comme si ses molécules formaient un grand tout avec l’Univers. Comme si l’Espace et le Temps étaient confondus, l’espace d’un instant.
Derrière la ligne d’arrivée, les coureurs hébétés comme des poissons sortis de l’eau ont les jambes lourdes, les muscles tétanisés par l’effort, le souffle court, le regard brouillé par l’asphyxie.

Emergeant peu à peu du brouillard, Vincent perçoit une agitation inhabituelle du côté de l’échelle des chronométreurs. Il faudra ce jour là pas mal d’attente pour connaître le verdict du chronomètre. Les coureurs vont se rhabiller, déjà la pluie reprend ses droits, l’éclaircie a été de courte durée. Dans le car qui emmène les athlètes vers leur hébergement, les entraineurs rassemblés à l’avant chuchotent comme des conspirateurs. A table, les messes basses continuent, comme si un secret passait de table en table. De temps en temps, des regards en coin se tournent vers Vincent et semblent le désigner comme coupable d’un méfait inavouable.
Au dessert, le verdict tomba. Un des entraineurs s’approcha et annonça à Vincent son chrono du matin. 16 secondes et 5 dixièmes. Cela ne signifiait pas grand chose pour lui, encore peu habitué à courir cette distance. Il avait eu d’excellentes sensations de vitesse, l’impression de tenir la distance à fond sans sentir ses jambes le lâcher dans les derniers mètres. « Tu as égalé le record de France Minimes » lâcha l’entraineur avec une satisfaction qui résonna comme une sentence.
A partir de ce jour là, subrepticement, les choses changèrent pour Vincent . Il était devenu une valeur côtée, un espoir dont on attendait la confirmation au grand jour, une pépite encore mal dégrossie mais qui délivrerait assurément son pesant de médailles et de satisfecit. Il valait 16 secondes 5 sur 150 mètres, donc l’année prochaine moins de 11 secondes au 100 mètres, et puis … Et certains seraient ivres de ces chiffres, au point d’en oublier de cultiver le plaisir brut et essentiel de la vitesse, de la course en tête, chevauchant au galop le troupeau des poursuivants. Certains n’hésiteraient pas à se livrer au sacrifice humain pour honorer le culte de la performance, pour grignoter ces précieux dixièmes, puis centièmes de secondes.

→ Leave a CommentCatégories : Décathlon · Récits

Duels

3 juin 2007 · Laisser un commentaire

C’était au temps de l’école primaire. Celle-là s’appelait Pierre Curie, elle aurait tout aussi bien pu s’appeler Jean Jaurès ou Jules Ferry. Une fois par semaine, un vieux moniteur de gymnastique, M. Billemont, venait chercher notre classe afin de l’emmener vers le gymnase et le petit terrain de sport attenant. Après les exercices d’échauffement et d’assouplissements qu’il exécutait devant nous et que nous imitions tant bien que mal, venait la leçon de gymnastique, la partie de balle au prisonnier ou l’épreuve d’athlétisme.

M. Billemont proposait souvent aux élèves de se mesurer à la course sur la petite bande de cendrée longue d’une trentaine de mètres. Deux par deux, ils s’élançaient en prenant appui sur d’anciennes traverses de chemin de fer marquant le bout de la piste. Les enfants se donnaient le départ entre eux, les plus rapides laissant partir leurs camarades avec un peu d’avance, pour rééquilibrer le jeu et corser la difficulté. Le moniteur attendait en bout de piste et faisait office de juge, désignant le vainqueur lorsque les adversaires étaient difficiles à départager. Comme la majorité de ses camarades, Vincent aimait ces duels. Les garçons agés de 8-9 ans adorent se mesurer, se tester, se confronter … Pour beaucoup d’enfants médiocres en classe, c’était l’heure de la revanche. Le moment de la semaine où, en dehors des récréations, leur supériorité physique ou leur adresse leur permettaient enfin de briller au yeux de toute la classe.

Invariablement, la séance se terminait par une série de courses par élimination directe. A l’arrivée, l’enfant en seconde position était éliminé et contraint de s’asseoir derrière le moniteur, au niveau de la ligne d’arrivée. Les vainqueurs repartaient en marchant pour prendre un nouveau départ. A force d’enchainer les sprints, le jeu devenait une épreuve de résistance pour les derniers en lice, qui enchainaient les courses avant une récupération complète. Les affrontements étaient loyaux et cordiaux, les faux départs se réglaient à l’amiable et personne n’aurait imaginé tricher pour prendre l’avantage. Aucun d’entre eux ne doutait qu’il lui fût possible de l’emporter. Chacun s’engageait dans le défi de la course avec toute la sincérité et l’énergie dont est capable un enfant de cet âge, c’est à dire une force capable de soulever des montagnes, pour peu que les montagnes soient prêtes à jouer le jeu.

Vincent était toujours finaliste, soit aux côtés d’Etienne, un grand gaillard redoublant qui jouait au basket, ou de Pascal, un petit teigneux qui ferait plus tard les beaux jours du club de rugby local. Quelquefois, un outsider s’invitait dans ces duels au sommet, sans parvenir toutefois à bouleverser cette hiérarchie bien instituée. Le plus souvent, Vincent l’emportait. Toujours d’une courte tête, d’une foulée. La distance ne permettait pas de creuser des écarts importants et il se souciait uniquement d’arriver en tête. Peu importait de creuser l’écart. Pour garder de bonnes relations avec ses camarades, il valait mieux rester à leur portée. Etre le plus rapide, mais pas d’une façon insolente, ce qui aurait compromis sa bonne intégration dans la classe.
Cela finissait par devenir un rituel, au point qu’au mois de juin, pour marquer la fin de l’année et la fin des cours de gymnastique, ses camarades le portèrent en triomphe, comme le vainqueur d’un grand prix. Ces enfants qu’il venait de devancer et d’éliminer successivement, étaient les premiers à lui faire la fête, comme si le prestige du vainqueur rejaillissait un peu sur eux et donnait de l’éclat à leur défaite.

Lorsque Vincent débuta la pratique de l’athlétisme en club et disputa ses premières compétitions, c’est un peu cette ambiance là qu’il j’espérait retrouver. Mais il lui apparut après quelques temps que cet élan joyeux s’était perdu, que le chronomètre avait englouti le plaisir de la lutte, du corps à corps côte à côte séparé par une ligne. Que la conquête de l’universel, le culte de la meilleure performance, du record, avait balayé le plaisir enfantin de la confrontation relative, qui chaque jour rejouée, cimente un groupe, une communauté, par un jeu de forces agonistes qui entretiennent des liens de solidarité.

→ Leave a CommentCatégories : Décathlon · Récits

Le vertige

30 mai 2007 · Laisser un commentaire

Le coup de sifflet déchire l’atmosphère glaciale du vieux gymnase ordonnant aux corps maigrelets de se mettre en ordre et en mouvement, au rythme du pas gymnique. C’est le signal indiquant la rotation et les groupes d’enfants répartis aux différents agrès changent d’appareils.

Je quitte les exercices au sol pour rejoindre les cinq cordes qui tombent des sous-pentes, ondulant mollement tels des serpents assoupis. Il faut se saisir de la corde à bout de bras, sauter et essayer de la coincer à l’aide des jambes et des pieds. Ceux qui parviennent à bloquer la corde entre la maléole d’un pied et la voute plantaire de l’autre, ont des chances de réussir l’ascension. Le relief de la corde s’enfonce dans mes chairs à travers les fines socquettes. Déjà la prise glisse, il faut vite déplacer les mains l’une après l’autre vers le haut, comme des anneaux le long d’une tringle. Tirer sur les bras comme un sonneur de cloche, sauf que ce n’est pas la corde qui descend, mais les fesses qui s’élevent vers les sommets. A la façon des chenilles progressant sur une tige, pieds et mains tachant de faire ventouse tant bien que mal, les enfants montent vers le ciel comme des ballons.
Lorsque la prise de pieds glisse, le corps se crispe, les cuisses tentent d’enserrer la liane et s’enflamment à son contact, bras et épaules se tétanisent dans leurs efforts conjugués pour éviter de retomber dans la fosse aux crocodiles. A trois mètres du sol, la vaste verrière semble répercuter au loin des cris de perroquets et de singes hurleurs. L’altitude est un dépaysement total.

Le corps a trouvé son rythme et semble se couler avec fluidité autour de cette tige torsadée. La tête renversée en arrière, les yeux sont rivés sur le ruban jaune qui indique la hauteur des cinq mètres. Encore trois brassées. La paume des mains chauffe. La main droite se hisse, puis la gauche. Une franche traction, le bassin chaloupe. La pince des pieds est bonne, il faut en profiter. Plus que deux. Dans un élan impérieux, le corps retient sa respiration et se jette dans la dernière ascension. Le geste cafouille, la progression est cahotique, mais au prix d’un mano à mano laborieux, la main droite touche au but. Le corps tout entier tendu par l’effort, enserre la corde, tel le lierre un tronc d’arbre. Les joues viennent se coller contre les mains et le regard, jusque là tendu vers les poutrelles métalliques du gymnase, plonge vers le bas.
Le sol semble s’être soudain dérobé sous mes pieds et repose au fond d’un gouffre. Des silhouettes minuscules s’agitent là en bas et font tanguer le décor que je croyais pourtant bien arrimé. Un frisson parcourt le corps, le ventre gargouille, les fesses se rétractent et un picotement partant de l’anus diffuse vers le sexe qui entre en érection. Le corps pris de vertige se fige comme s’il voulait devenir objet. Le regard tente de se raccrocher aux cimaises qui ont jusque là si bien guidé la montée. Mais le plafond se met lui aussi à ondoyer comme le sol et se fait fuyant. L’oeil vient se river sur les mains qui agrippent la marque jaune pour conjurer le malaise qui m’envahit, incapable que je suis de monter ou descendre. Le sang claque dans les tempes et mon coeur semble s’accélérer sous le coup de l’émotion. C’est la panique. Je ne me suis jamais senti aussi seul au monde, suspendu entre ciel et terre. Des gouttes de transpiration ruissellent dans mon cou, le long de mon dos.

C’est alors que le coup de sifflet retentit. Impérieux et inquisiteur. Mes camarades m’appellent et m’enjoignent de descendre. Déjà certains font mine d’aller rejoindre le saut de cheval. Et ce qui semblait encore impossible quelques secondes auparavant se produit. Relachant son étreinte, le corps s’allanguit et s’allonge vers le bas, glissant le long de la corde comme sur un tobbogan. Comme obéissant à une peur encore plus grande que celle du vide, celle de se faire réprimander, j’entreprend un descente précipitée. Les bras tentent comme ils peuvent de retenir la chute accélérée et l’intérieur des cuisses n’est qu’une brûlure qui va en s’échauffant davantage. C’est au tour des mains de flancher et d’y laisser leur peau. Le sol est assez près maintenant pour pouvoir tout lâcher et se laisser tomber sur les tapis-mousse. Le choc violent de la réception mal contrôlée se propage dans la colonne vertébrale et vient secouer encore davantage les tempes battantes. Ouf ! C’est fini.

Un sentiment de soulagement m’enveloppe, diffusant une sensation de bien être euphorisante qui fait immédiatement baisser la tension. Me voilà rendu à la vie, à la terre ferme. Le vertige qui me tenait prisonnier là-haut, m’a libéré sur parole. Liberté conditionnelle. Lorsqu’on a goûté à cette sensation étonnante où le plaisir se mèle à la peur, où l’on a l’impression de vivre les minutes et les secondes plus intensément, on veut y retourner. On sait instantanément et profondément qu’on n’aura de cesse toute sa vie de retrouver cette émotion intense, comme un oiseau migrateur habité par l’idée du voyage et qui ne peut se résoudre à devenir sédentaire, malgré les risques encourus lors du grand pélerinage.

→ Leave a CommentCatégories : Décathlon · Récits

Réveil brutal

9 mai 2007 · Laisser un commentaire

Pierrot songeur perdu dans un nuage de lait,

Les yeux rêveurs s’absentent sur son croissant en miettes.

La cuillère danse au ciel d’étoiles constellé.

Matin, la tasse n’est vraiment pas dans son assiette.

 

Bas les masques au bal masqué, douce colombine,

La belle s’est révélée frêle Maryline.

Tu restes bouche bée simulant un sourire,

Les clowns agonissant parviennent à faire rire.

 

Nocturne bacchanale sombrant à flots dans l’idéal,

Pierrot a triste mine aux dires de son miroir.

Alcooliques lueurs, vous valez bien l’eau d’un canal.

Tant de rêves à la rime pour une blonde aux yeux noirs.

 

 

→ Leave a CommentCatégories : Poésie